chaos - jerome bertin & sylvain courtoux from guy niole on Vimeo.
La salle de dessin est immense. Des oeuvres de malades, dont certaines rappelle au patient la foudre d'Adolf Wolfli, fleurissent sur les murs omos. Les fous dessinent comme des enfants, de grands enfants en colère. Les fous sont de grands enfants en colère. Privés de beauté, de douceur, d'amour, ils utilisent le rouge et le noir comme des armes de destruction massive. Des âmes de destructions massives, voilà ce qui a guidé ces mains, songe le patient. Enfants pendus à la lune, colombes éventrées et soleils noirs, cotoient des reproductions de fleurs, de visages, précises jusqu'à l'ennui, effrayantes, cliniques. Pourtant l'infirmière chargé du groupe dessin, une vieille blondasse enroulé dans des froufrous, a décidé de changer la donne, en demandant au fou de jouer aux moutons impressionistes. Pour se faire, elle propose des thèmes plus débiles les uns que les autres. Aujourd'hui c'est l'automne, il faut découper des fruits de saison et les coller sur une boite! Satan du système! Elle veut faire des feux grégeois des creux de la loi! Elle veut changer les enfants malades en bon petit soldat du bon goût bourgeois. Salope! Infirmière! Tu pourriras en enfer! Tous ces esprits doivent être recentré pense l'infirmière. Recentré pourquoi? Pour mieux tomber dans les chiottes de la bonne société libérale? Connasse! Pour mieux rentrer dans ton vieux cul frippé? Donc les malades se mettent à découper des pommes et des poires avec des airs de chiens battus. En fond, l'infirmière a mis un brin de musique douce pour apaiser un peu les colères magiques, ainsi Purcell collabore à la Shoa pernitieuse des pultions du voir clair, contribue au massacre des consciences de l'au delà. Le patient découpe deux pommes et trois poires. Puis il se lève, se saisit d'un boite de crayon de couleurs, et il dessine en quelques minutes un paysage de mort totalement assymétrique et malade brulé par un gigantesque soleil rouge. L'infirmière tire la gueule. Ca ne rentre pas dans le cercle rose bonbon du thème de merde. Le patient est satisfait. Fier de luire. Fier de luire dans la grande nuit du thème de l'automne de la pensée.
j'étais sûr d'avoir un boulot à vie / puis je fais une crise de paternité / je quitte mon boulot mon enfant / je pars avec une autre fille / j'ai pas d'amour pour cette fille-là / mais je voulais essayer / de pas affronter la réalité / faire une croix / sur mon passé je tombe / sur une junkie et l'autre / qui me hante me retrouve à la rue / avec des antécédents judiciaires mon père / grand joueur de foot parti à thonon / s'occuper de l'équipe les repaires / sont partis les soucis avec la drogue l'alcool / j’arrête l'école on vend du shit on plante / des gens on devient haineux la prison / soit on y va une fois on est trauma soit / t’y retourne te faire laver les cheveux / au javel frotter au balais les coups dans la tête / subutex dans le bras un cocellulaire / lames de rasoir dans le bide coupage d'oreille / mineur ils m'ont mis en majeur / suis trop speed le mec / se fait arraché les yeux au crayon / pour une cigarette le mec / il doit être en manque de clope / il lui demande t’as pas une tige non / il prend un crayon il lui ressort les yeux / beaucoup de schizos dedans je tombe / sur un psychopathe il attend son jugement / il travaille pour un barman à qui / on doit de l'argent il va voir le mec / il le découpe en morceau / et le fout dans une poubelle / mais à toi je te ferai rien / car tu es espagnol on sait jamais / ce qui peut arriver avec l'alcool cette fille / là m'a remis elle m'avait mis / du subutext et des steribox / c'est des seringues elle m'a mis ça / dans mon manteau j'étais bourré / défoncé ils me disent ça y est / il est reparti je me suis fait choper / avec ça écoutez c'est récidive / j'ai prouvé par A à Z / que j'avais pas touché / j'ai repris contact elle m'a pardonné / la mère de mon enfant c'est elle / qui m'a sauvé sorti de prison à 18 ans / t'y retourne plus sinon si je la perds / c'est fini tu m'as aidé à me construire et moi / je détruits tout ma mère bipolaire ma mère / quand tout est beau tout est beau / quand tout va mal tout est mal / et là elle fait des crises elle insulte / j'ai sauvé ma mère plus d'une fois / j'ai eu le temps de la rattraper / par les chevilles pendue je la décroche / c'est l'enfer moi j'irai en prison la prison / c’est pas ce que croit même les plus gros lascars / ils chialent au fond de leur lit / ils ont tout perdu un copain faisait proxo / il habitait paris plein de frère en taule à dix-huit / il roule en jaguar il vend des putes et la drogue / il a de l'argent à gogo il prend huit ans / avec remise de peine il fait pratiquement / toutes les prisons fleury fresnes argentan / il a une femme pas d'enfants et ils étaient amoureux / et quand il sort les voitures ont changées / les rues plus d'épiceries sorti / avec les sacs de carrefour / on sait pas où faut aller les amis / partis les copains / en prison tombé nez à nez avec la femme / qu'il aimait retrouvée enceinte / d'un autre maintenant il a trente balais / il a tout perdu tu sors / de la prison avec tes deux sacs carrefour / pas de primes pas de réinsertion juste / un rendez-vous chez le spip
on vit comme enfermé dans le monde humain
c'est ça la grosse tuile du siècle
c'est de se sentir oppressé
par ce sentiment d'être enfermé
et l'enfermement à tout l'air
d'être plein d'espace
plein de possibilités
plein de chances et plein d'air
et pourtant c'est un enfermement
un triste enfer
il n'y a rien d'autre qui peut exister
rien qui transpire
rien qui pousse
rien qui s'agitera hors du monde humain
pourtant le monde humain est un petit peuple
il y en a d'autres
vous pensez que j'exagère
vous êtes persuadé qu'il s'agit d'une blague
que cet étouffement nous ment
alors que j'étouffe vraiment pour ma part
regardez mes phrases
tout est fait pour m'empêcher de dire la vérité
une seule vérité
à la rigueur la première phrase
a échappé au massacre
toutes les phrases se retournent contre moi
on ne peut pas critiquer le monde humain impunément
le monde humain est toujours là et plus que jamais
plus que jamais le monde humain nous harcèlera
plus que jamais il continuera jusqu'à
ce que nous lui cédions encore et encore
jusqu'à ignorer l'idée même d'étouffement
jusqu'à étouffer mais en accusant tout sauf ça
la terre entière nous accuserons
le monde totalement
mais pas nous
pas les humains qui le peuplent
le petit peuple humain
voilà comment nous devons l'appeler
le petit monde de petit peuple
et qui n'a rien pour se chauffer
il n'a juste que son petit peuple
vive les petits peuples cependant
et vivent les penseurs
les penseurs qui pensent petit-peuple
car certains penseurs sont parfois
des petits peuples à eux tout seuls
la cité du h100 c'était la cité / par excellence les gens habitaient la peur / savaté par des mecs le mec / super survet se fait chourrer son lacoste le mec / qui livre la pizza se fait piquer sa pizza / et son scooter pour la fin de l'année / ils ont déclaré / pour la fin de l’année le H100 / sera écroué ils ont réussi ils ont bouché les caves les toits / une femme qui avait reçu deux cents mille euros d'héritage le soucis / en cité c’est qu’on a besoin de sous / tous les jours on lui demande du fric deux mille / trois mille j'ai mon scooter qui est cassé / je te rembourserai elle donne toujours de bon cœur on lui demandait / trois cents euros on insiste / cinq cents euros elle : reviens / le mois prochain il te faut combien mille euros en 3 mois / on lui a mangé quinze mille la police / peut rien dire elle dit oui / on l'oblige pas avec un couteau / sous la gorge mais pourquoi tu t'en vas pas si t'en a / marre de nous donner de l'argent tu pleures / parce que tu dis que tu manges que des crêpes au jambon / on revient pour trois mille acheter deux joints à son fils / il payait et à la fin je n'achète plus votre merde / plus votre shit et je vous donne trois mille pour me foutre la paix / le H100 c’est le bâtiment / qui porte la poisse / tellement d'affaires tout le monde en prison / d'ici deux ans le barbecue dans la cité / le feu les gens par la fenêtre les gens / qui nous insulte bande de racaille / ils nous voient rouler un joint et ils ouvrent leur bouche / alors qu'ils devraient se taire on a des flingues / dans le pantalon du shit dans le sang pourquoi / tu cherches la petite bête putain y a des gamins / ils fument du shit dans le hall y en a un / qui a fait des croix gammées dans la cité le type / il se prendra des coup de couteau de boucher / c'est des mecs ils ont flingué / leur vie ils dorment dans le hall / et la personne est descendue et ça a pas loupé / un poing américain dans la gueule / et il est descendu du hall mon pote / black l'a plaqué contre les boîtes / aux lettres des coups de couteau de boucher / dans le bide la personne s'en est sorti il a maigri / tu reviens t'as pris des coups de couteau / et pis tu reviens il est agent de sécurité maintenant / la moindre chose il appelle les flics / il veut me savater à la mag light / le type est venu prendre du shit il me cogne dans le hall / je me regarde dans la glace ils m'ont vu me faire / savater on voit un pote qui est dans la merde / on se fait aider on est violent mais on est solidaire un kebab on se le partage / pour dix un paquet de clope c'est un paquet de clope / pour dix pour tout on se fait taper c'est pour dix l'autre / il arrive il le voit fumer son shit le cogne / nous on monte en speed l'agent t'en a pas marre arcade sourcilière / cassée et tout on connaît tout / le monde on va chez tout / le monde même les grand mère nous passe les télés / on joue à la play / même chez le portugais un type nous prend en photo d’en bas on est allé le voir / pourquoi tu nous prends en photo y a d'autre paysage que une bande de jeunes / si tu effaces pas il efface / ses photos devant nous on laisse passer / t'as de la chance parce que des indics comme toi / quand quelqu'un appelle les flics on sait qui c'est / et ça part en live même une grand mère elle me dit / j'en ai marre on fume des joint vous savez qu'on a des soucis / on va la trouver on fait des soirées on met de la musique les filles là-bas / c'est plan cul à tout le monde le hall quatre on sort de prison dominica / il lui dit j'ai mon cousin qui sort de prison est-ce qu'il pourra / venir te niquer d’accord elle lave / sa fille pendant qu'elle se fait tourner par trois mecs mon cousin / ça l’énervait la petite / qui buvait de la vodka la petite / elle a rien à manger on va chercher les couches / on fait les papa je sais pas / comment m’exprimer autrement suffit que je me prenne la tête / avec ma mère et un type me chauffe / je lui donne des coups dominica est avec un mec / qui a un bracelet électrique / y a une rumeur je lui en ai pas parlé / je me suis tu je la connais bien / par respect je lui ai pas dit au copain / de la cité c’est une grosse balance et il se chiait dessus chez les flics / il est libéré et il dit non / j't'ai pas balancé a un pote rebeu / il en est sûr du coup il a pris / sa fête en prison
c’est la fin de tout
c’est la bande des poux
ça va finir
les vivants
ça nous passera
la bande passante du vivant
on a fini par l’avoir
on en raconte des bouts
les bouts de la vie des poux
et la vie nous passe
on recueille un peu de matériel
on le montre
on le fait écouter au monde devant nous
on est devant nous
mais vous aussi
vous êtes devant vous
vous vous cherchez des poux
c'est pas tous les jours
la plupart du temps
on se cherche pas des poux
la plupart du temps
on est spectateur de tout
sauf de soi-même
alors qu'ici ça cause
ici ça va parler
ça parlera pas dans le vide
ça parlera du pays, comme on dit
mais on n’est jamais d’aucun pays
on est à peine de soi
revenu de rien
on cause de tout
ça cause dans l'autre et l'autre
il cause dans nous
et que tout le monde cause à soi
et puis on verra bien
vivra bien qui parlera le dernier
que les bouches s'ouvrent
et que tout ça se répète
jusqu’au déluge
jusqu’à ce qu’on nous referme le bec
mais il faudra répéter ça
même le déluge
la répétition
c'est ça qui fait la vie
tous humains sont vivants
du moment qu'ils sont dits
et tous les humains s'improvisent vivants
puisqu'ils sont répétés
tous les humains
sont des répétés
car l'improvisation
on sait bien que ça ne s'improvise pas
et tous les chercheurs de poux sont en vie
du moment qu’on les parle
du moment que ça traverse
et que ça fasse retour
un bon retour de bande
avant la fin promise des poux
CHARLES PENNEQUIN
Crever vivant
Voilà,
Je va crever
comment je va vivre avec ça,
c'est assuré,
vivre c'est crevant,
vivre c'est crever devant,
c'est devant moi ce ça,
ce ça de vivre là,
se vivre en soi,
se crever dans le temps du vivant ça en soi,
c'est trop vivant en moi,
c'est du trop de vivant de vivre en ça,
qui fait crever à petit pas,
c'est du trop de vivre en avant de crever là,
c'est ce qu'on remet toujours à demain,
mais on crève tout le temps d'un rien,
c'est pas demain,
c'est maintenant à l'instant du vivre,
à l'instant même où l'on a pas fini de vivre,
où vivant on vit l'instant de crever,
ou crever vivant c'est ça vivre en crevant,
on peut pas dire j'ai crevé,
parce que j'ai crevé c'est le mensonge en pire,
on ment tout le temps du vivre,
c'est pour ça qu'on est vivant.
MA VIE DE NUL
Je suis nul. J’ai le cerveau blet. C’est rassurant : je serai bientôt pourri. Et le pourrissement ça grouille, il y a de l’action. Quand les autorités comptent sur « le pourrissement du conflit » pour le résoudre, je suis un court instant dans la joie. Je me dis que ça va s’étendre, que la grève va proliférer, qu’après l’unité des agents isolés vont se mettre en action, et que ça va mordre et gagner bien au-delà de l’unité. Mais l’instant de joie est court ; c’est que le pourrissement évoqué n’est qu’un étouffement, une mort lente, un résultat nul.
J’y reviens. C’est plus nul que moi – le nul est plus fort que moi. Nul c’est nu avec une aile en trop. Nul c’est con comme la lune à l’envers. J’essaie de me rassurer parfois. Je me dis : oh ! c’est pas grave de se trouver nul, c’est rien. Ça me fait replonger bien sûr. Même si nul c’est moins que rien. Rien c’est plus proche du désert et du pourrissement que nul ne l’est. Et il y a quelque chose à tirer du désert et du pourri. Tout vient de là même.
Pfff. Finalement, ma seule valeur, le seul moment où je prends un peu de caractère, c’est devant les gens : nulles gens. On me remarque, je deviens singulier. Sinon, mes compétences se réduisent à zéro, mon talent a le profil de la tête à Toto. Et encore ! La seule fois où comme Toto j’ai chié derrière l’église je n’ai même pas eu la joie de lorgner, ensuite, sur ma production. Non que j’en aie été empêché par un quelconque événement – l’arrivée du curé, d’un passant, ou la sensation soudaine de la truffe fraîche d’un chien sur mon anus brûlant – rien de ça. C’est juste que ma crotte avait disparu – et je dis ça parce que je suis sûr de l’avoir produite. C’est très frustrant. Comme un vol. Ma crotte était partie en fumée. J’ai fouillé les broussailles – peut-être qu’un trou m’avait échappé. Non ! Il n’y avait que le mien, ouvert et refermé sur rien. Et malgré cette absence, je me souviens, je m’étais dit : tu n’es qu’une merde.
J’en étais là. Je n’étais rien avec pas grand’chose comme patrimoine. Alors je me suis dit pourquoi ne pas en finir complètement. M’annuler. Mais qu’annuler face à un cas nullard ? J’étais mystifié, frappé de nullité sans même être entaché d’un vice.
Je n’existe pas sur ma vie plate. Dit autrement : je voyage sur de vains degrés de longitude. Navire sans quille qui traîne son boulet.
En jeux de mots je suis zéro. Tout môme, en camps de vacances, une veillée au feu de bois. On doit dire des trucs drôles. Arrive mon tour et de derrière les flammes léchant les rondins (ça c’est bon, ça, très bon) je dis que je passe un bon séjour dans ce camps de vacances, et dans mon langage fleuri j’ajoute que c’est un camps-pas-nul. Silence. Même le feu s’est éteint. Le comique suivant, malgré la nuit noire soudaine, y est quand même allé de sa blague. Profitant de mon échec botanique, il a proclamé que j’étais un âne doublé d’une tête de nul. Tout le monde a ri, et le moniteur a rallumé le feu.
J’ai déprimé – ça ne me vaut rien d’être nul. Et la dépression a duré toute mon adolescence. A la fin de cette période on m’a même rebaptisé. Ça s’est passé après la sortie du film Le Silence des agneaux avec Hannibal le Cannibale. Dès le lendemain, les lycéens m’ont surnommé Hannibal le Quasi-nul.
A cette époque, en cours de maths, le prof m’appelait Zéro. Le prof de français Page Blanche et en géographie Niveau de la Mer. En mécanique, l’enseignant me prenait en exemple pour expliquer le point mort. En musique mon nom était Soupir. Bon, ça suffit. Encore une chose : en haltérophilie, je ne soulevais même pas l’enthousiasme.
Ensuite j’ai commencé à rencontrer des filles, et bien entendu ça a été pire que tout. On a l’air con à tenir la main, ou le bras, d’un être transparent. Frappé d’inexistence j’ai voulu me faire entendre auprès des filles. Je me disais qu’il fallait leur parler de choses de filles, de choses qui leur parlaient avant même que je m’exprime. Mais je me noyais dans des trucs sexuels impossibles, confondant trompes de Fallope avec pompes de salopes (une claque), l’éloge de la passion et les loches de la passion (une claque), je me fourvoyais entre le banal et l’anal (un soufflet). J’étais tellement nul – un vrai nain – en langue fourrée, qu’on me surnommait Cunni-nimbus. Je me souviens d’un certain Freddy, un baiseur de première, les filles comparaient ses prouesses à mes insuccès ; avec lui c’était de la balle. Avec moi c’était de Laval.
Même si mon témoignage est au passé rien ne s’est arrangé aujourd’hui. Je suis à la poésie et à la littérature ce que la banane est au touriste en sandales-chaussettes. Un écrivain un peu short.
A propos de Charles Pennequin
Sa poésie sort par sa parole, sa parole est dans la poésie, elle ne fait pas poésie, elle ne dit pas la poésie, elle est dans la poésie et sort de la poésie par sa parole, ce n'est pas un flux tendu, c'est une parole qui revient qui ne cesse de revenir à l'infini, sa poésie est le lieu même du fini qui n'en finit pas de finir, elle est l'expansion à l'intérieur de sa propre finitude, et n'en finit pas de s'expanser ou de s'ex-penser, c'est une poésie pensée du dedans qui s'ouvre au dehors par et dans la parole, par l'interstice qui peut être la bouche mais aussi le corps, un corps entre-fendu par où passe et repasse la parole, la parole qui est l'ouverture par où la poésie s'ex-porte, se présente, elle est le présent du moment où elle se donne, elle ne donne pas à entendre, elle se donne, parce qu'elle est à cet instant hors de lui, elle n'est plus le poète disant, elle est le dit qui s'ouvre et en s'ouvrant ce dit, se donne à l'autre, elle est désir de la parole concédée à l'autre.